Quand le chien est mal en point…
Sujet: Quand le chien est mal en point…

Un chien est particulièrement ritualisé
dans ses comportements du quotidien, souvent «réglés comme du papier à
musique» pour réagir à nos emplois du temps qui dictent les siens. Au rythme
de nos allées et venues, entièrement dépendant, il se fabrique un «
catalogue de comportements canins » persos, tout organisé autour de nos
activités humaines, professionnelles ou autres.
C’est d’ailleurs dans la « routine » que nos compagnons se sentent le mieux
(surtout les plus sensibles) : c’est habituel donc prévisible, alors ça les
rassure.
C’est donc toute modification singulière des conduites du chien ou/et de son
aspect physique et son regard qui doivent retenir l’attention de ses
propriétaires.
Savoir repérer les signes de malaise
Sa « mine abattue », son manque d’entrain à sortir en balade, sa gamelle qui
ne le motive plus, ses jouets qui le laissent insensible, sont déjà des
signes manifestes de malaise de l’animal.
S’il ne se lève plus ou cherche à s’isoler, s’il est agité, halète
fortement, geint, boîte, titube, s’essouffle vite, boit davantage, vomit,
tousse, crache, a la diarrhée ou du mal à éliminer : autant de comportements
qui signalent l’inconfort ou la douleur, et qui doivent donc alerter.
Sans se précipiter chez le vétérinaire au moindre gémissement, il y a lieu
de faire preuve de calme et discernement : répondre promptement s’il y a
urgence, ou plutôt prendre un peu le temps d’examiner la situation.
Les propriétaires d’animaux familiers se sentent souvent démunis face à la
maladie de leur compagnon, un peu comme ces parents avec leur bébé malade,
qui ne peut expliquer ni son mal ni son ressenti. Il est parfois difficile
de faire la part des choses devant le changement remarqué : est-ce le signe
annonciateur de maladie grave ou «cela va t’il passer rapidement ? »
Les vétérinaires nous conseillent d’avoir le réflexe de prendre la
température de notre chien s’il semble mal en point, les normales se situant
autour de 38°5. En dessous de 37°5 ou au-dessus de 39°5, mieux vaut faire
examiner le chien au plus vite par son vétérinaire.
Ces praticiens nous ont appris aussi à repérer certains symptômes qui les
guideront vers un diagnostic plus rapide, et ils nous informent par exemple
:
- En été, une respiration rapide, des halètements sonores et une démarche
chancelante peuvent être signes d’un « coup de chaleur ».
- Un chien abattu sans appétit, dont les urines deviennent foncées, peut
faire penser à une piroplasmose transmise par une tique infectée.
- Un chien de grande taille, prostré, faisant de vains efforts pour vomir,
peut faire une torsion d’estomac (complication survenant souvent après
l’absorption d’une grande quantité d’aliment ou d’eau, suivie d’effort
physique intense) Le vétérinaire devra intervenir sur l’heure pour sauver
l’animal.
- Un animal qui boîte s’est peut-être fait une entorse, une fracture (mais
avant de s’alarmer, il est bon de vérifier préalablement l’intégrité des
coussinets !)
Comment pourraient-ils comprendre ?
Les visites chez ce praticien n’enchantent pas nos compagnons. Nous voulons
les voir guérir, mais ils n’ont aucune possibilité de comprendre le sens
d’interventions médicales parfois douloureuses. Comment un animal
pourrait-il comprendre que subir des soins déplaisants, soit en réalité pour
son bien ? Ils sont peu coopératifs pour certains, et on les comprend !
Ils n’aiment pas qu’on les attache, les muselle, les immobilise écrasés sur
une table, les pique ou leur enfonce instruments ou produits dans les
orifices naturels, etc…(idem pour les êtres humains d’ailleurs, bien qu’ils
aient pourtant la capacité de s’expliquer ces nécessités ! )
Les animaux eux, vivent toute cette sollicitude comme une atteinte à leur
intégrité physique, à leur bien-être.
Dès leur plus jeune âge, quelques apprentissages appropriés pourront les
aider à mieux tolérer les soins de notre part, comme à mieux vivre ces
passages obligés (vaccinations, détartrages et autres) dans ce lieu aux
odeurs fortes et non familières qu’est un cabinet vétérinaire.
Pour minimiser le stress inévitable des soins :
- Habituer très tôt le jeune chien à être manipulé, brossé par différentes
personnes, doucement avec des caresses, d’abord debout, puis couché. D’une
voix enjouée obtenir gentiment son calme et prendre garde à ne pas lui faire
vivre négativement tout contrôle régulier des yeux, oreilles, dents,
pattes…obtenir progressivement sa docilité par terre pour ces soins, ensuite
sur une table, et gratifier la docilité d’une petite friandise.
- Familiariser très tôt le chiot à la muselière (elle peut servir un jour
chez le véto), en la banalisant et gratifiant l’animal en mettant une
gourmandise au fond. On peut s’y prendre de même avec un adulte, en la lui
faisant porter de courts instants, sans raison ou en jouant avec lui, en le
caressant.
- Veiller à ce que la voiture soit associée aux sorties agréables comme la
promenade par exemple, et pas juste réservée aux visites chez le vétérinaire
(c’est le cas pour certains chiens qui sortent peu ou toujours en balade « à
patte » et qui reconnaissent déjà le transport en voiture comme signe
annonciateur de misères !)
Grâce à ces quelques apprentissages, les soins chez le vétérinaire seront
déjà vécus un peu moins durement, parce que la détresse émotive ne naîtra
pas d’avance.
Monter sur la table d’examen, être manipulé, inspecté, porter sa muselière
(si elle est nécessaire)…tout cela ne sera pas forcément promesse de
tourments, mais gestes anodins ou de bienveillance.
Lors de ces visites, l’animal perçoit très bien l’attention renforcée,
l’inquiétude, les émotions négatives du maître, et il est évident que notre
anxiété ne l’aide pas, bien au contraire.
Son bien être commande davantage une certaine neutralité de notre part.
Inutile de vouloir le rassurer par exemple quand il tremble, ce qui aboutit
à l’effet inverse, c'est-à-dire le conforter dans le fait qu’il a raison
d’être effrayé ! Dans ces circonstances ou d’autres, nous aidons l’animal
qui a peur, si nous banalisons ce moment, et s’il ne rencontre rien d’autre
que notre calme neutralité.
Plutôt initier la confiance pour donner les soins
Une fois le diagnostic établi, le propriétaire devra suivre scrupuleusement
les prescriptions du vétérinaire.
Les soins doivent être effectués sans excès, avec douceur et sans forcer
l’attention que l’on porte à l’animal malade.
Plutôt qu’employer la manière forte pour administrer un médicament ou
réaliser un soin, veillez à aborder le chien d’une voix incitatrice et gaie.
Pas non plus question de l’attirer vers vous avec une friandise par exemple,
pour le « capturer » traîtreusement et lui faire ensuite subir vos
manipulations.
Prenez le temps, faites-en une activité ludique, surtout au premier soin qui
servira de modèle futur. En instaurant la confiance vous aurez plus de
chance d’obtenir sa coopération, par la promesse de vos attentions, caresses
et gaîté.
Les interactions basées sur la confiance ont toujours une fonction
tranquillisante, à l’inverse celles basées sur la tromperie sont toxiques et
angoissantes, et risquent de retarder la guérison de votre chien.
Si l’animal souffre, certains soins sont parfois douloureux. Comprenez alors
qu’il peut se retourner sur la main qui l’agresse… anticipez dans ce cas, et
prévoyez alors de vous protéger.
Ne négligez jamais de caresser de la voix et de la main, l’animal qui a été
patient et docile quand vous avez vérifié, par exemple, points de sutures,
écoulements ou infections possibles après une opération. Il a surmonté sa
peur en vous faisant confiance, les soins suivants en seront facilités.
Après avoir bien récupéré d’un acte chirurgical, certains chiens sont
heureux de pouvoir jouer et sauter de nouveau ! C’est à ses propriétaires de
juguler ces fougues pour éviter les complications (même chose pour un
cardiaque !)
S’il est capital que l’animal ait à la maison «une place bien à lui» (et que
personne ne va envahir) pour se reposer, quand il est malade il a encore
davantage droit à la quiétude et doit pouvoir profiter d’un isolement
réparateur. Sans forcément le changer de place, veillez plutôt à réduire
bruit et agitation autour de lui et faites respecter son repos, aux enfants
en particulier.
Le plus souvent, le traitement permet d’enrayer l’affection. D’autres fois
la maladie, les mêmes gastrites, diarrhées ou dermatoses reviennent. Il y a
lieu alors de se demander, ce qui dans l’environnement perceptif du chien,
pourrait bien induire ces récurrences.
Ils ne sont pas à l’abri de nos problèmes
Les chiens qui vivent étroitement avec les humains, se laissent imprégner
telle une «éponge affective » (1)
Émotionnellement en première ligne, ils partagent les tracas de leurs
propriétaires, leurs contrariétés et conflits, subissent leur méconnaissance
des spécificités de l’espèce canine ainsi que leur anthropomorphisme.
Nombre de leurs affections peuvent être les symptômes de difficultés
d’adaptation, de dysfonctionnements de la relation homme/animal.
Le chien, animal social auquel des règles de vie claires et permanentes
doivent être posées pour son confort relationnel, se voit souvent proposer
des relations peu structurées. Des règles de vie changeantes et fluctuantes,
des incompréhensions mutuelles, conduisent le chien à des comportements
désordonnés parce qu’en proie à des émotions parfois contradictoires.
Or des émotions non ou mal gouvernées finissent toujours par provoquer des
troubles métaboliques (2) et pour peu que ces émotions soient durables, ces
troubles métaboliques finissent par provoquer des maladies organiques.
La peau semble le récepteur le plus sensible à ces modifications bio
émotionnelles. Le tube digestif est lui aussi un excellent récepteur
d’émotions…l’appareil urinaire…ainsi que le cœur (3)
Résultat, l’animal se gratte ou se lèche nerveusement, tousse, vomit, a la
diarrhée, boîte ou bien tourne après sa queue, aboie, urine ou défèque (des
selles moulées) dans la maison… Ces douleurs, lésions ou comportements
altérés étant l’exact reflet des émotions ressenties.
Certaines affections peuvent aussi survenir en réaction aux problèmes
personnels de membres de la famille (divorce, conflit momentané ou autre
choc intra familial, déménagement, etc.) Problèmes qui ne sont pas vécus «
pour eux même » par l’animal, car ça n’est pas tant le caractère heureux ou
malheureux du changement de vie qui est en cause, mais plutôt le sentiment
d’insécurité qu’il engendre.
Parce qu’un animal familier ne peut pas être considéré indépendamment de ses
relations avec sa famille, face à la maladie de son chien, tout propriétaire
devrait re-situer cette «plainte» dans son système relationnel, en se posant
quelques questions :
- Qu’est-ce qui a changé dans l’environnement perceptif de mon chien ?
- N’y a-t-il pas actuellement un problème personnel ou familial qui me fait
réagir différemment face à lui ?
- Quelle est mon attitude envers mon chien ? Ne suis-je pas trop anxieux
pour lui ?
- Mon attachement pour lui n’est-il pas excessif, est-ce que je ne le cajole
pas trop ? Ne me suis-je pas appuyé sur l’entretien et le maintien de cet
attachement qui ne le laisse pas devenir plus autonome et équilibré ?
- Est-ce que je ne projette pas sur lui des désirs inconscients, des
fantasmes qu’un animal ne peut ni réaliser ni assumer ? Ceux-ci influencent
la manière d’être avec le chien et interfèrent sur les affects et la santé
de ce dernier. L’éthologue Boris CYRULNIK l’explique dans «le cas Pupuce»
(4) et dans «le chien de remplacement» (3) qui se réfugie dans la maladie
parce que son maître le vit à travers son premier chien décédé et idéalisé.
Alors, parce que tout comportement en situation d’interaction a valeur de
message, la maladie pourrait donc bien en être un aussi … cela pourrait bien
être aussi une manière de « dire », de montrer un mal être …
1) B. CYRULNIK "Les animaux de compagnie peuvent être des symptômes de
troubles psychiatriques" Le Monde 26/09/99
2) R. DANTZER « L’illusion psychosomatique» O. Jacob
3) B. CYRULNIK «L’ensorcellement du monde» O. Jacob
4) B. CYRULNIK «Sous le signe du lien» Hachette/Pluriel
Danièle Mirat – Comportementaliste
Site : http://www.communicanis.com
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