Se faire obéir de son chien : Devenir « Super Maître »
SUJET : Se faire obéir de son chien : Devenir « Super Maître »
Sujet épineux que celui du contrôle de son compagnon favori… Evidemment,
puisque nous sommes sans arrêt évalués et jugés par nos semblables sur ce
point : « Ne peux-tu pas dire à ton chien qu’il arrête de sauter ? » ou bien
: « Apprends donc à ton chien à ne pas aboyer après le facteur » et encore «
Il ne revient pas quand tu l’appelles, il se moque de toi ! Hahahaaaaaa ! Ha
! ».
Je vous imagine déjà en train de fulminer… Notre toutou doit donc nous
obéir, en plus de nous être fidèle et reconnaissant, en toute circonstance
et à toute heure, sous peine d’endosser la lourde responsabilité de notre
échec dans notre rôle de super maître. Car le chien lui ne ressent aucune
honte ni aucune culpabilité à nous désobéir ! Ces sentiments ne font pas
partie du répertoire émotionnel canin. Il ne fait pas non plus ex(E)près de
nous désobéir pour nous faire enrager…
En réalité, tout est une question de motivation. Si ce qu’il est en train de
faire lui donne une plus grande satisfaction que ce que nous lui proposons,
difficile pour lui de s’y conformer !

Petit exemple
Fidèle, (votre chien) est au parc en liberté, occupé à flairer une super
odeur dans un joli bosquet de fleurs roses. Du fond de l’allée, surgissent
Brutus et son maître «Mr Demovépoil », que vous n’avez pas spécialement
envie de croiser aujourd’hui, là maintenant et tout de suite. Vite ! Il vous
faut rappeler Fidèle, le rattacher et tourner les talons comme si de rien
n’était, avant qu’ils n’arrivent à votre hauteur et que Mr « Demovépoil » ne
vous décortique pendant 1 heure sa rencontre d’hier avec un amstaff de 3
mois, « mais déjà très féroce !», qui a failli dévorer son petit Brutus
(bichon maltais) malgré la muselière… La pression est palpable. Vous sifflez
votre chien, l’air de rien… Fidèle gambade joyeusement dans les parterres et
ne vous entend pas… Vous l’appelez une seconde fois, un peu plus déterminé.
Fidèle s’arrête, jette un coup rapide d’œil dans votre direction : votre
souffle est un peu court, votre visage rosé de stress, vos mains crispées
sur la laisse et vous priez pour qu’il se dépêche. Et Fidèle s’éloigne le
nez dans ses fleurs ! Ca y est, vous êtes énervé : « Fidèle ! Au pied ! ».
Tandis que vous vous précipitez pour courir après ce chien qui n’est
décidément pas très « gentil » aujourd’hui, on vous retient par le bras :
- « Tiens ! Mr Comtoulmonde ! On dirait que vous êtes contrarié ce matin, ça
ne va pas ? »
- Je vais bien, merci Mr Demovépoil, et vous-même ?
- Votre chien n’a pas l’air décidé à vous obéir ! Hahaha ! Ha ! Ha ! Vous
n’allez plus au club canin ?
- ………. !
- Moi, je suis de très mauvaise humeur, et pour cause, attendez que je vous
raconte l’histoire terrifiante qui m’est arrivée hier, ici au parc, encore
avec un monstre ! un de ses chiens méchants !
- Fidèèèèèèèèèèèèèle !!! »
Que s’est il passé pour Fidèle ?
Voyant son propriétaire stressé et pressé, il a préféré vaquer à ses
occupations plutôt que revenir vers ce propriétaire « bizarre » ne lui
inspirant plus tout à fait confiance à ce moment là. Il a pu aussi anticiper
que le rappel serait suivi de la mise en laisse et départ du parc.
En effet, même si nous n’en avons pas toujours conscience, le chien
discrimine nos états émotionnels et parfois même nos intentions. En réalité,
il perçoit tout un cocktail de signaux externes (comme la posture de notre
corps, l’expression de notre visage ou la tonalité de notre voix). Il est
ensuite capable d’associer ces signaux avec les conséquences (directes ou
indirectes) qu’ils engendrent sur lui et de les mémoriser.
Ainsi, un chien pourra choisir de ne pas revenir au rappel :
• s’il a peur de se faire réprimander
• s’il n’a pas confiance en son propriétaire (l’ordre ne sera pas perçu
comme légitime pour le chien)
• ou si ce qu’il est en train de faire est plus gratifiant que de revenir.
Devenir « Super Maître »
Vouloir se faire obéir de son chien peut nous conduire dans des situations
dangereuses où incompréhension et rapports de force se mêlent, jusqu’à la
conduite agressive… Nous devons donc apprendre à devenir des maîtres fiables
et justes, (des supers maîtres) pour que nos chiens coopèrent et qu’ils
soient contrôlables (peut être pas en toute circonstance, mais au moins
quand cela est nécessaire).
Dans l’idéal, les ordres et les contraintes devraient être utilisés avec
parcimonie tout en proposant au chien quelque chose de plus gratifiant que
ce qu’il est en train de faire. Pour cela on peut bien sûr utiliser des
récompenses. Se servir du conditionnement (dressage) pour que les réponses
appropriées du chien deviennent un automatisme est aussi très intéressant.
En effet, lors d’un conditionnement parfaitement encré, les histoires de
motivation ne semblent plus entrer en jeu. Tout se passe comme si le chien
ne prenait plus le temps d’évaluer le pour et le contre avant d’agir. Les
comportements réponses ressemblent à des réflexes (presque involontaires).
Mais attention, cela n’est pas valable pour tous les types d’apprentissages
et cela n’est pas éternel ! Il faut entretenir les acquis et cela ne
fonctionne pas en toutes circonstances (tout dépend de ce que le chien aura
réellement associé à l’ordre).
Pour être efficace au maximum et devenir un super maître, c’est aussi toute
la vie (cohabitation) avec le chien qu’il faut aménager (relation, respect
des besoins, diminution des attentes et exigences).
Ainsi, le chien pourra choisir de coopérer avec cet humain leader, qui
finalement pèse plus lourd sur la balance des coûts et des bénéfices, que ce
joli bosquet de fleurs roses rempli d’odeurs passionnantes de congénères… de
chats… et… oh ! Des miettes ! ………. « Fidèèèèèèle, NON ! »
Julie Decompte
Ethologue et Comportementaliste
Mail :
julie@comportementaliste-chien-chat.fr
Site :
http://www.comportementaliste-chien-chat.fr
Fixe : 05 62 71 24 35 / Portable : 06 08 30 64 90
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