Les léchouilles du chien : marques d’affection ?
Sujet: Les léchouilles du chien : marques d’affection ?

En léchant un congénère ou un humain, un chien exprime son état émotionnel,
son rang social et ses intentions.
Dire que ce comportement est amical est juste, mais bien trop réducteur au
risque de se méprendre sur le message qu’il peut parfois transmettre.
L’histoire de Saxo
Heureusement sans trop de gravité, Saxo a mordu Xavier qui en est encore
choqué et perplexe quand il explique :
«Je n’ai rien compris, tout s’est passé très vite. Saxo m’a mordu au bras,
et sitôt après il s’est mis à me faire des léchouilles -comme pour
s’excuser-. D’abord en colère d’avoir été mordu, je me suis un peu radouci
quand Saxo s’est mis à me lécher. Spontanément j’ai alors voulu caresser mon
chien, et là comble de tout, il m’a remordu une 2ème fois ! »
Xavier a fait fausse route en interprétant comme une repentance, les
léchouilles de Saxo juste après sa morsure. En voulant y répondre par une
caresse en tendant la main vers son chien, c’est au tour de celui-ci d’être
surpris, de ne pas comprendre un tel comportement et de remordre à nouveau.
La méconnaissance des codes sociaux canins et l’anthropomorphisme* vont
induire ces réactions malheureuses en cascade. Ça n’est qu’après étude des
circonstances de l’incident et examen du type de relation qu’il entretient
avec Saxo, que Xavier voit apparaître une réalité canine lui faisant mieux
comprendre son compagnon à 4 pattes.
Plutôt permissif au quotidien avec son chien, le jeune homme n’avait
jusqu’ici jamais jugé bon de lui proposer et réserver une place précise de
repos, le laissant à son aise utiliser canapé, lit ou fauteuil, trop content
de profiter de sa chaude présence.
Ce soir là, quand Xavier a voulu se faire une place sur son canapé près de
son chien, Saxo dérangé s’en est indigné, et s’est mis à gronder (comme
parfois paraît-il !)
Indigné à son tour, Xavier insiste… et c’est là que Saxo pas décidé à céder
la place qu’il occupe, lance un rappel à l’ordre (selon ses codes sociaux
canins) avec une morsure brève autant qu’inattendue, qui fait reculer son
maître.
Suite au retrait ébahi de Xavier, Saxo s’est alors mis à lui lécher le bras
qu’il venait de mordre, pour l’apaiser comme il l’aurait fait sur un
congénère qui se serait soumis devant sa démonstration d’autorité physique.
Si Xavier n’avait pas interprété les léchouilles de son animal comme une
-demande de pardon- mais bien au contraire comme le message d’apaisement
d’un canidé dominant à son dominé qui se soumet, il ne se serait pas permis
d’insister davantage, avec une caresse sur la tête de surcroît.
Saxo a vécu cette flatterie comme une insistance de son maître. C’était pour
lui un message contradictoire et donc suspect, auquel il a réagit par un
2ème rappel à l’ordre (une morsure de plus !)
Selon les codes régissant les conduites entre canidés, pour Saxo à qui il
était offert d’occuper librement (c'est-à-dire sans y avoir été invité) cet
espace (cela signifiant donc privilège de la dominance canine) il n’était
pas acceptable de se faire déplacer par Xavier. Menacer pour l’en empêcher
et mordre son maître parce que celui-ci insiste au lieu de céder devant les
menaces, s’explique donc légitimement. Ensuite, derrière ses léchouilles, et
toujours selon les codes sociaux canins, si Saxo avait reçu l’attitude basse
et soumise de Xavier, il n’aurait pas « dû » le rappeler à l’ordre une 2ème
fois en le remordant.
La responsabilité de Xavier est grande puisque c’est sa mauvaise
organisation des rapports avec son animal, qui porte celui-ci à des
conduites agressives aussi incomprises qu’inacceptables.
En l’occurrence, il n’était pas tant question que Saxo n’occupe pas
fauteuils et canapé, mais de lui faire intégrer qu’il n’est pas de son droit
d’en disposer librement, ce qui fait toute la différence dans l’organisation
de la relation.
Ailleurs que dans cette idée de pardon, les léchouilles sont aussi souvent
interprétées comme des marques d’affection, bisous, câlins, etc.
En toute logique les réponses qui sont alors données au chien sont
affectives elles aussi, et pour un échange harmonieux semble-t-il. Ce qui
est parfois le cas mais pas toujours, car en réponse aux léchouilles, une
embrassade peut être perçue par le chien comme une tentative de contrainte
sur lui, un bisou peut surprendre ou être vécu comme une menace !
Exemple : le maître de Woba, qui s’est vu sanctionné par une morsure à la
lèvre, en voulant répondre aux sollicitations de son compagnon, par un bisou
sur l’encolure.
Mal gérées, les séances de brossage comme que les séquences de jeux
proposées au chien peuvent rapidement devenir aussi le terrain favori des
situations morsure/léchage. Là encore, le maître se persuade qu’il s’agit
d’une réaction distraite ou d’un mauvais contrôle accidentel suivi de la
culpabilité de son animal. Mais la situation évolue et le chien en vient à
avoir ces mêmes comportements dans d’autres circonstances.
Le soutien du comportementaliste pour l’aide à la réorganisation des
rapports avec le chien, s’avère alors indispensable.
À retenir
• En cas de morsure même légère, les léchouilles ne sont pas une demande de
pardon. C’est un code social canin qui a comme objectif de réduire les
tensions et mettre fin au conflit. Mal le comprendre amène à mal gérer la
situation.
• Nos bisous, embrassades et câlins ne sont pas perçus de cette manière par
le chien, qui peut y voir une contrainte ou une menace. Ces gestes mal
compris qui contraignent ou dérangent, installent parfois petit à petit chez
l’animal, inquiétude et méfiance : et donc une réactivité exacerbée.
Erreurs à ne pas commettre
Tenter de sanctionner le faux « repenti », comme essayer de le rassurer,
maintient le malentendu et peut avoir comme effet de générer la crainte
anxieuse de l’animal et d’envenimer la situation de conflit.
Méconnaître les conduites sociales canines en général, comme se fier aux
idées reçues sur un comportement quel qu’il soit, qui ne peut jamais être
isolé de son contexte si l’on veut s’expliquer ce qu’il peut « caninement
vouloir dire », risque donc d’exposer à de fâcheuses surprises.
* attribuer des réactions humaines à l’animal.
Co-rédaction de Danièle Mirat et Michel Quertainmont – Comportementaliste
Sites : http://www.communicanis.com et
http://comportementaliste-mq.com
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