On dit que les petits chiens sont hargneux…
Sujet: On dit que les petits chiens sont hargneux…

chien york
Plus ou moins distants, menaçants voire agressifs, on observe des chiens de
grandes ou petites races, peu sociables avec leurs congénères, les êtres
humains, ou avec les deux à la fois !
Mais c’est courant d’entendre dire que les « petits chiens » sont plus
hargneux et c’est même souvent asséné comme une vérité par certains amoureux
des chiens (mais seulement « des gros » !). Alors, cela se vérifie t-il dans
les faits ? Et si oui… pourquoi ?
Est-ce parce que l’on offrirait aux gros chiens une meilleure éducation en
général ? Ou bien les petits seraient-ils davantage « peluchisés » ? Parce
qu’enfin personne (humain ou canidé) n’est grognon, désagréable, agressif…
comme ça… pour rien !
« Hargneux »... mais pas pour rien !
Tous ces chiens ont des raisons parfois multiples de n’être pas ces
compagnons équilibrés et faciles à vivre au quotidien des interactions et
rencontres. Très schématiquement, c’est le plus souvent la peur qui fera
d’eux, les « hargneux » en question.
Quand la petite Cocker Pirouette est arrivée à l’âge de 10 semaines chez
Isabelle, celle-ci n’a pas pu promener tout de suite son chiot en extérieur.
Affecté de toux et de désordres digestifs multiples, le petit animal est
donc resté confiné dans l’appartement près de 3 mois sans sortir (à part 2
ou 3 exceptions dans le jardin d’une amie à la campagne).
Au printemps, Isabelle jugeant Pirouette moins fragile, elle a alors
commencé à vouloir balader sa petite chienne (alors âgée de plus de 5mois)
dans la rue.
La peur de cet environnement urbain inconnu était telle pour Pirouette,
qu’elle vivait toutes ces nouveautés comme des agressions :
• les passants, la trouvant craquante et qui tous très intrusifs, voulaient
la caresser…
• ses congénères, aux morphologies si diverses et de ce fait inquiétantes,
qui pour la plupart fondaient sur elle avec curiosité…
• sans parler de ce tohu-bohu puant et pétaradant de la ville !...
Elle qui n’avait connu jusqu’alors, que le calme feutré du nid douillet de
sa maîtresse, avec son cercle familial et amical restreint, les 3 Cockers de
l’élevage où elle était née à la campagne, et le Pinsher nain de la voisine
de palier !!
Isabelle ne comprenait pas que Pirouette ne puisse pas surmonter ses peurs
et ne soit pas plus sociable.
Se rendant compte qu’elle avait un peu trop tardé à faire faire mille
rencontres à sa Pirouette, Isabelle faisait maintenant du « forcing »
Dans les boutiques, en prenant sa petite chienne dans ses bras, elle
insistait pour qu’on la caresse. Pirouette voyait ainsi pleuvoir sur elle
(et sans possibilité d'esquiver) les exclamations et caresses d'humains
inconnus tous plus démonstratifs les uns que les autres !
Isabelle prenait aussi Pirouette dans ses bras pour la soustraire rapidement
aux assauts un peu vifs de grands chiens qui l’effrayaient autant (sinon
plus) que Pirouette elle-même (lui signalant ainsi que cela devait être bien
inquiétant!)
Elle accumulait les maladresses qui ont conduit progressivement le petit
animal à aboyer puis gronder et enfin mordre pour faire reculer tout ce
monde (humain et canin) trop curieux, envahissant et effrayant. Plus
Isabelle cherchait maladroitement à rassurer Pirouette, plus celle-ci était
incapable de faire face sereinement à tout son environnement.
Tout était terrifiant pour la petite chienne, qui n’avait pas été habituée
(au bon moment, c'est-à-dire entre sa 7è et sa 14è semaine de vie) à ce qui
fait l’ordinaire d’un chien familier.
Pirouette était ainsi devenue le type même du « petit chien hargneux », par
maladresse et méconnaissance de ce qu’engendre le fait de ne pas poursuivre
et renforcer activement la socialisation d’un chiot, et cela, dès son
acquisition. Sans précipitation mais progressivement avec méthode et
application, toutes découvertes et nouvelles rencontres devant être
proposées au chiot le plus tôt possible, et être toujours calmes, agréables
et positives pour lui.
Tempo le Jack Russel n’avait même pas connu le bonheur de rester avec sa
mère et sa fratrie pendant 8 semaines (ce qui est le strict minimum pour
garantir le bon équilibre d’un chiot). Mal socialisé à sa propre espèce, il
redoutait surtout ses congénères. Résultat : il cherchait à les fuir, mais
lorsqu'il était maintenu en laisse sur les trottoirs, terrifié, il les
agressait bruyamment lors de toute approche.
Vix le Teckel, lui, n’avait connu que des chiens dans son chenil isolé où
seul l’éleveur distribuait la nourriture sans véritables interactions.
Croiser tout être humain petit ou grand en promenade le mettait maintenant
dans le plus grand désarroi, et ses menaces (aboiement et grondements)
étaient destinés à freiner leurs approches.
Les difficultés pour Utrillo le Colley, n’étaient pas exactement les mêmes
que pour Pirouette, Tempo ou Vix. Ses propriétaires avaient perdu leur
précédent chien, mort au cours d’une bagarre qui avait mal tournée avec
plusieurs chiens rencontrés en promenade. Ils étaient maintenant si crispés
dans leurs balades, guettant anxieusement toute approche du moindre canidé,
qu’ils communiquaient malgré eux, leur appréhension à Utrillo. Averti dès la
moindre tension de sa laisse que quelque chose de suspect se profilait, le
jeune animal réagissait de plus en plus inquiet face aux approches des
chiens et de leurs propriétaires en général. Au fil des sorties, par peur à
son tour, il est devenu menaçant lui aussi.
Comme tous ses congénères, un chien dit « hargneux » se trouve façonné par
sa lignée, son vécu prénatal, sa naissance, son développement précoce durant
le temps passé avec sa mère et sa fratrie, ses expériences dans son
environnement d’adoption.
Dès son plus jeune âge, de multiples facteurs ne favorisent pas l’équilibre
psychique et comportemental d’un chien, et peuvent l’amener à des peurs et
des conduites agressives en extérieur.
Ces principaux facteurs sont :
• Le manque de stimulations sensorielles et d’imprégnation du chiot (avec
l’isolement en chenil) (comme Vix)
• Le retrait prématuré de sa portée (comme Tempo)
• Les possibles expériences traumatisantes de sa 7è semaine à sa 14è semaine
(et même un peu plus tard pour certaines races molossoïdes)
• Les craintes de ses maîtres pour sa vie (comme Utrillo)
• Leur méconnaissance des périodes critiques du jeune âge et des causes de
peurs du chien en général (comme Pirouette), avec le manque, ou déficit, de
sorties et confrontations avec l’environnement, dès le plus jeune âge.
L’aide d’un comportementaliste peut alors être nécessaire pour ne pas se
retrouver avec un compagnon à 4 pattes à « l’humeur de chien », même et
surtout préventivement.
Danièle Mirat – Comportementaliste
Site : http://www.communicanis.com
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