Mon chien est-il méchant ?

L’évaluation comportementale
L’avis d’une comportementaliste…


Avec les amendements au projet de loi relatif aux chiens dangereux adoptés mercredi en première lecture au Sénat, nous avons évité « Charybde », mais il nous reste « Scylla » à affronter. Lorsque je dis nous, je parle des français et de leurs chiens, bien sûr.

Les français qui, demain, vont se retrouver face à une énigme terrible à résoudre : « Mon chien est-il « méchant » ou « gentil » ? » « Va-t-il mordre ou ne va-t-il pas mordre ? »

Qui va les aider dans cette quête de la vérité ? Avec quels moyens ? Sur quelles bases et sur quelles échelles vont se jouer les évaluations comportementales ?

« Les décrets sont en cours de rédaction » a affirmé Mme Alliot-Marie aux Sénateurs mercredi soir. Bref, à l’heure qu’il est, personne n’a de réponses.

Alors que dit la Loi soumise à l’Assemblée Nationale :
Institution d’un observatoire national du comportement canin, renforcement des dispositifs d’évaluation comportementale généralisés à tous les chiens au-delà d’un certain seuil de poids, renforcement de la « garde rapprochée » des chiens de 1ère et 2ème catégories par l’attestation d’aptitude obligatoire des détenteurs et l’évaluation comportementale systématique des chiens, sévérité accru des peines d’emprisonnement et d’amende pour le détenteur de chien « mordeur », formation accrue des personnels ayant une activité de gardiennage et de sécurité…

Soyons franc, la Loi ne nous dit pas grand-chose, si ce n’est que tout va se jouer par décrets et arrêtés : évaluations, formations, observations, … l’ensemble des modalités, des intervenants et des règles du jeu n’est pas encore connu.

Pour l’instant, seuls les élus, maires et préfets, et les vétérinaires sont nommément impliqués dans le processus.

Si nous avons évité le danger immédiat avec la suppression des articles 5 et 7 condamnant les chiens de 1ère catégorie nés après le 8 janvier 2000 à l’euthanasie, l’épée de Damoclès reste en suspend au-dessus de leurs têtes, comme d’ailleurs dorénavant, au-dessus des têtes d’une bonne grosse part de la population canine (part que l’on ne pourra « évaluer » qu’après parution des arrêtés et décrets…)

Cette épée, qui va s’en saisir ?

Actuellement, s’il existe une chose dont nous pouvons être certains, c’est que nous ne disposons d’aucune « grille » scientifiquement valide pour déterminer une dangerosité potentielle, nous pouvons tout au plus l’apprécier, l’estimer, l’« évaluer » selon nos propres valeurs et notre propre subjectivité à l’instant de l’observation

Peut-on prédire l’avenir ? L’être vivant est-il stable et linéaire ? La réponse est non.

Alors, doit-on condamner le moindre pour éviter le pire ?

Au-delà des applications, on voit poindre un problème éthique beaucoup plus large. Voilà ce qui va peser sur les épaules de ceux que la loi a nommément investi : le rôle d’un juge, assujetti à ses doutes et à sa partialité, quoiqu’il fasse.

Mais, le bénéfice du doute va-t-il s’appliquer ici ? Après tout, pourquoi prendre des risques : ce ne sont que des chiens ! Et notre but, notre devoir, n’est-il pas de protéger notre espèce, de nous protéger nous-même ?

Voici le murmure du gouffre de Scylla qui se rapproche…

En définitif, quel choix vont avoir ceux que la Loi a désigné ? Sauter du navire ou assumer les décisions, mêmes folles, du capitaine.

En ma qualité de comportementaliste non vétérinaire, et donc non impliquée nommément par cette loi, mon choix pourrait paraître plus simple. Il ne l’est pas.

Rester en retrait ou me proposer en tant que conseil ?

Personnellement, mon choix se porte sur la deuxième solution. Je suis prête à « siéger » aux côtés des vétérinaires, des vétérinaires comportementalistes, et des éducateurs, bref, de tous ceux qui, comme moi, vont prendre le parti d’assumer cette Loi prise en leur nom, et ce, en toute conscience de mes compétences et de leurs limites.

Pourquoi ? Parce qu’il faudra des jurés.

Que l’on soit d’accord ou non, Il faudra bien des mains pour que cette épée tranche et j’ai le sentiment que la comportementaliste que je suis, ne sera pas de trop pour aider les vétérinaires et les élus à supporter le poids de ce glaive afin qu’il ne retombe pas n’importe quand, n’importe où, n’importe comment et sur n’importe qui…

Plus les angles de vues se multiplieront, plus les chances de parvenir à une évaluation, sinon juste, tout au moins tendant vers, seront élevées.

« Les hommes ont oublié cette vérité » disait le renard du Petit Prince, « Tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé. »

Nul ne peut ignorer cette Loi-là…

Olivia SIMON-MADEC
Comportementaliste présidente de l’@PARC
www.comportementaliste35.fr


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