Le comportementaliste :
Ce n'est pas un éducateur canin « faisant aussi du comportement » !
La confusion des pratiques : comment y voir clair ?
Un comportementaliste pour vous aider dans les difficultés rencontrées avec
votre animal familier, voilà une démarche qui paraissait quelque peu
marginale il y a quelques années. Tellement originale et nouvelle, que cette
activité était dénigrée par les professionnels ou les non-professionnels de
l'éducation canine qui clamaient alors haut et fort leur désapprobation à
cette présence dans le paysage des professionnels : « il y a bien longtemps
que l'éducation canine résout les problèmes de comportement des chiens, et
on n'a pas besoin de ces pseudos-spécialistes ».
Et pour beaucoup alors d'affubler le comportementaliste des termes
méprisants et caricaturaux de « charlatans » ou de « psy pour chiens ».
Mais quand ces mêmes professionnels, qui dénonçaient hier la prétendue
supercherie et la désignaient comme un profond abus, se saisissent
aujourd'hui de cette appellation pour la faire leur et s'en réclamer avec la
même énergie, on ne peut que souligner le paradoxe... et s'interroger à son
tour sur l'endroit de l'abus !
Car le paysage professionnel autour du chien s'est vu envahir depuis peu par
toutes pratiques de l'éducation et du dressage sous l'enseigne du «
comportementalisme », de la « psychologie canine », de « l'éthologie canine
», de la « rééducation comportementale » (liste non exhaustive) laissant
ainsi croire au public que l'éducateur d'hier était devenu par un tour de
passe-passe sémantique le comportementaliste d'aujourd'hui.
Et de voir ainsi soudain surgir chez des pratiquants de l'éducation canine
ou du dressage une activité présentée comme étant celle du
comportementaliste... vous savez, celle dont ils n'avaient justement pas
besoin !
Ce pourrait être simplement risible à cet endroit du constat, mais bien
entendu la distorsion d'une appellation à des fins mercantiles n'est jamais
sans entrainer de fait un brouillage des approches et des pratiques. Le
public ne peut plus y voir clair, et beaucoup de propriétaires de chiens se
cognent à cette réalité.
« Etre dans le chien depuis vingt ans » (sans dénigrer un seul instant la
longueur de l'expérience) ou « faire du comportementalisme » au détour d'une
psychologie dite « canine » suffisent-ils à s'auto-proclamer
comportementaliste et à se présenter comme tel aux propriétaires qui
méconnaissent les fondements d'une approche et d'un exercice pourtant bien
définis ?
Alors, pour mieux s'y repérer : Ces deux activités (comportementaliste et
éducateur canin) ne peuvent s'amalgamer car elles sont fondamentalement
différentes :
1/ le comportementaliste étudie la relation et la cohabitation Homme/Animal
familier (chien et chat) pour examiner toutes les influences du milieu qui
exercent pression sur le(s) 4 pattes jusqu'à lui (leur) faire produire une
réponse adaptative (un comportement) non souhaitée ou gênante pour
l'entourage. Il initie les propriétaires à un réajustement relationnel et
organisationnel qui libère l'animal des multiples tensions vécues , lui
redonnant ainsi des capacités à s'adapter. Il observe et propose des
modifications du milieu plus que de vouloir modifier l'individu. Tout
comportement nouveau ou ingérable chez l'animal est concerné par cette
approche.
2/ L'éducateur canin ou dresseur se consacre à faire faire des
apprentissages au chien (pas au chat !) pour qu'il puisse être contrôlable,
ou pour une activité particulière. Il tourne son regard vers le chien et
cherche à le modifier pour qu'il produise coûte que coûte ce que l'on exige
de lui . Il façonne l'individu plus qu'il n'observe (ce qui n'a rien
d'éthologique justement). Obliger le chien à produire les comportements que
l'on attend de lui , et l'empêcher de produire ceux que l'on ne souhaite pas
voir surgir, voilà l'angle pris habituellement. Souvent jusqu'à réprimer
nombre de comportements parfaitement naturels pour l'animal sous le couvert
d'un « savoir vivre » à inculquer (et dont on nous fait croire qu'il est le
garant d'un « animal bien élevé »).
Et pourtant ces activités pourraient être bien complémentaires si
l'éducation canine s'exerçait selon le même principe directeur de soulager
la cohabitation des éléments qui la rendent anxiogène.
Mais ce n'est pas ce que proposent bon nombre de ces professionnels !
Alors quand ceux-là se présentent comme éducateurs-comportementalistes, ils
n'ont bien souvent rien de l'approche ni de la pratique d'un
comportementaliste... mais un exemple (parmi beaucoup d'autres) est
peut-être plus évocateur ?
Sandy est une chienne croisée de taille moyenne adoptée en refuge, et ses
propriétaires vivent en appartement avec leur jeune fils. Très vite Sandy se
met à hurler en l'absence de ses propriétaires, et ceux-ci font appel à un
comportementaliste (en fait un éducateur-comportementaliste). Ce
professionnel propose alors comme solution de faire des exercices de
faux-départs, en se tenant sur le palier et en patientant durant un délai
fixe (quelques minutes). Une fois le délai écoulé, et si Sandy ne s'est pas
tue, il conseille à ses maîtres de rentrer furieusement, munis d'un sac en
plastique vide qu'ils doivent agiter avec énergie tout en envoyant Sandy
dans son panier, et de recommencer ainsi sans cesse pour qu'elle apprenne
qu'elle ne doit pas hurler.
Devant le peu de progrès obtenu, et malgré les multiples rendez-vous durant
lesquels seront assénés les divers conseils simplistes de manger avant le
chien, de passer les portes avant lui, de l'envoyer sans cesse à son panier,
de placer son lieu de repos à l'endroit le plus éloigné, et de l'obliger à y
rester, il leur est proposé de se promener avec leurs clés à la main quand
ils sont à la maison, et de faire de même avec la laisse... pour bien
montrer à Sandy que ce sont ses maîtres qui décident quand ils partent sans
elle et quand ils vont promener avec elle. Mais rien n'y fait, Sandy
vocalise toujours, et les voisins d'immeuble, d'abord patients, manifestent
leur agacement. La propriétaire décide alors d'éviter les ennuis de
voisinage et emmène Sandy avec elle au boulot. Plus de problème de vocalises
bien entendu, c'est assez radical.
Mais quelques mois plus tard, une réorganisation au sein de l'entreprise
s'annonce et il ne sera plus possible d'emmener Sandy sur place. Ces
personnes cherchent donc, et il faut souligner leur implication, à déménager
en maison avec jardin pour se soustraire aux problèmes de voisinage, et ils
font donc l'acquisition d'une maison.
Mais très vite dans ce nouveau logement, comme leur chienne se fait toujours
entendre, les voisins vont les alerter sur le fait que Sandy hurle
pratiquement sans interruption en leur absence. Ils décident alors de
rappeler le « comportementaliste » pour lui en faire part et lui demander de
l'aide. Celui-ci proposera alors des cours de marche en laisse et
d'éducation sur une base forfaitaire comprenant une dizaine de séances.
Sandy a été abandonnée par ses propriétaires qui ne voyaient pas d'issue à
cette problématique, et qui ne voyaient pas de solution dans ce qui leur
était proposé.
D'autres auraient proposé les outils répressifs, tels que la muselière, les
colliers électriques se déclenchant à la moindre vocalise , ou la cage de
transport dans laquelle le chien se voit enfermé durant de longues heures
chaque jour.
Un comportementaliste digne de ce nom, aurait eu une approche vraiment autre
que celle-là ! Partant d'abord un premier mouvement de récolter quelques
informations sur le passé de ce chien-là (difficile pour les chiens en
refuge), puis celui d'identifier le type de vocalise auquel on est
confronté. Voilà déjà une première mesure de « qui est cet individu chien,
et que manifeste-t-il ? ». Ensuite il va chercher à étudier le milieu et
tout ce qui s'y joue afin de relever les causes (toujours multiples) qui
amènent le chien à produire ce comportement-là, dans cette situation-là
(expression de quel déséquilibre émotionnel ?). Enfin, il propose des
modifications parfaitement en rapport avec ce que vit ce chien-là, dans
l'objectif de le soulager des tensions liées au départ de ses propriétaires.
Certes, il serait utopique de penser que les vocalises cesseront
immédiatement, mais une progression est en marche pour libérer le chien des
tensions vécues, et non de lui en faire vivre un peu plus par toutes sortes
de pratiques qui ne le soulagent de rien mais cherhcent à le contraindre de
ne plus exprimer ce qu'il vit, ce qu'il ressent !!!
Empêcher, contraindre, sanctionner, faire cesser la réponse adaptative d'un
individu au monde qui l'entoure sans rien modifier de ce milieu (voire en le
surchargeant), c'est le rendre encore plus anxiogène pour l'animal. Voyez
ainsi comme il est profondément incohérent de chercher à vouloir obliger,
diriger, modifier le chien !
C'est une évidence, ces deux approches sont contradictoires et ne peuvent se
retrouver ensemble, confondues, sans dénaturer leurs principes fondateurs...
et donc justement sans tromper le public sur leur nature !
S'agit-il dans mes propos de disqualifier l'éducateur canin et le travail
qu'il fournit ? Oh que non, il s'agit juste de faire voir comme certains
prétendent avoir élargi paradoxalement et très injustement leur activité à
celle qu'ils dénigraient hier, et comme ils induisent une confusion en se
présentant comme comportementaliste (associé à éducateur ou non, qu'il soit
canin ou non) sans exercer cette activité pour ce qu'elle est !
Mais par ailleurs j'ai aussi envie d'inviter le lecteur à ne pas
généraliser, car il existe des professionnels de l'éducation canine qui ont
une parfaite conscience des limites de leur activité, mais ceux-là ne se
présentent pas comme comportementaliste, et si une situation problématique
se présente à eux , ils invitent les personnes à se diriger vers un
comportementaliste.
Car il n'est plus digne de la part de professionnels de faire croire aux
particuliers que l'on peut « éduquer » un chien sans avoir établi au
préalable un relationnel organisé (des échanges structurés) avec lui. Ce ne
serait là rien d'autre que de faire du forcing, jamais équilibrant pour le
chien... mais l'équilibre et donc le bien-être du chien sont-ils seulement
des éléments à considérer en cette matière ?
Voilà donc certainement pour les propriétaires de chiens une bonne manière
de distinguer les priorités à accorder dans les démarches (toujours un
relationnel allégé de ses tensions d'abord) qui leur permettront de faire
évoluer leurs difficultés avec leur animal familier, et tout ceci dans le
respect des besoins de celui-ci.
Abuser d'une appellation, abuser d'une pratique, et abuser d'un tarif... Une
éthique décidément en peine !
Mais pire encore, le flou s'étend bien au-delà de l'approche et des
pratiques qui y sous-tendent. Bon nombre de particuliers s'étant adressés
aux usurpateurs de l'activité de comportementaliste, disent avoir dû
s'acquitter de sommes importantes et incontestablement abusives, ou d'avoir
été sensiblement abusés en ce sens.
Pour s'y repérer aussi en cette matière :
Le comportementaliste ne propose pas de forfait impliquant de multiples «
séances » comme une carte de 5, 8 ou 10 séances parfois pour un montant
variant de 500 à 800 euros, et basée sur un contrat rédigé de manière telle
qu'il est impossible de récupérer le solde correspondant aux « séances » non
utilisées.
Il ne propose pas non plus des « séances » multiples et répétées sur une
courte durée, de type trois (ou cinq) rendez-vous, (voire un par jour)
pendant une semaine, ceux-ci ne durant qu'une demi-heure chacun et ce au
tarif de 80 euros par rendez-vous.
Un comportementaliste professionnel ne fait pas payer des rendez-vous à
l'avance.
Enfin, il ne propose pas non plus aux propriétaires de chien le fumeux et
trompeur « 1er rendez-vous gratuit », qui ne l'est pas en réalité...
Dépourvu d'abord de tout conseil pour vos difficultés, il ne sera gratuit
que si vous vous engagez dans un futur second rendez-vous, payant celui-là,
au tarif d'environ 110 euros. Sinon vous devrez vous acquitter de trente
euros... pour un rendez-vous gratuit !!!
Alors comment s'organisent les rendez-vous et leur tarification auprès d'un
comportementaliste ?
La plupart des comportementalistes se déplacent à domicile, et consacrent
environ 2 hr à 2 hr 30 à l'examen des difficultés dans la cohabitation ainsi
qu'à la mise en place des mesures menant à la résolution de la
problématique. Le tarif d'un rendez-vous est calculé sur le temps que le
professionnel y consacre, et ses frais de déplacement. Entre 65 et 90 euros
environ donc pour ce travail. Majoritairement, les problématiques (en
fonction de la situation bien entendu) trouvent à se résoudre en moyenne
entre 1 à 3 rendez-vous. Ceux-ci sont espacés d'une durée variant entre 15
jours et 3 semaines. Et surtout, il est laissé à la liberté et à
l'appréciation des propriétaires de l'animal de poursuivre ou non le travail
mis en œuvre avec lui, car le comportementaliste propose une suite s'il la
voit nécessaire, mais ne l'impose pas. (voir également le Code de
déontologie de la FEC – Fédération Européenne des Comportementalistes)
Avant donc de vous diriger vers un comportementaliste, et de faire appel à
ses compétences, examinez soigneusement l'approche qui est la sienne par
rapport aux difficultés que vous rencontrez avec votre animal familier,
l'orientation et l'organisation du travail qu'il verrait à mener (comment
va-t-il s'y prendre ? ) en résolution de la problématique, et enfin le tarif
précis auquel il propose son activité. Vous pourrez peut-être mieux
apprécier si vous vous adressez véritablement à un comportementaliste, et si
vous n'en êtes toujours pas sûr, vous pouvez vous renseigner auprès de la
FEC - Fédération Européenne des Comportementalistes :
bureau@comportementaliste-fec.org
Michel Quertainmont
Comportementaliste