Le comportement du chien âgé : Physiologique ou pathologique ?


L'espérance de vie des chiens a nettement augmenté au cours des vingt dernières années, essentiellement en raison des progrès médicaux, nutritionnels et chirurgicaux.

Le dysfonctionnement cognitif se définit par l’apparition, chez les animaux âgés, de modifications comportementales sans lien avec une affection somatique (véritable maladie).

Qu'est-ce que le vieillissement, au-delà d’un phénomène naturel aboutissant à la mort ? La mort d'un grand nombre de cellules au cours de la vie pourrait logiquement expliquer celle de l’individu lui-même. En réalité, la mort cellulaire programmée, si elle joue un rôle dans certaines affections et pour certains organes, comme le système nerveux, n’est pas responsable du vieillissement et de la mort de l'individu.

Des expériences effectuées sur des nématodes (Cenorabditis elegans) montre ainsi que la suppression de la mort programmée de leurs cellules n’influe pas sur la longévité de ces organismes.

Le vieillissement est un processus plus complexe influencé par des facteurs génétiques et extrinsèques. L'oxygène semble être un des responsables essentiels : les radicaux libres, qui apparaissent suite à la réduction de la molécule d'oxygène, ont un fort pouvoir oxydant qui s'exerce sur les lipides et les protéines et qui entraîne l’altération de différents composants cellulaires.

Les protéines oxydées s'accumulent également au cours du vieillissement et doivent être dégradées par des protéases pour être éliminées, or l'activité de ces enzymes diminue de moitié chez les animaux âgés.

Le cerveau ne vieillit pas comme les autres organes : le nombre de ses neurones est fixé précocement et il possède des caractères immatures qui lui confèrent une grande plasticité. Le système nerveux central est donc en constant renouvellement : étudier son vieillissement revient à étudier les mécanismes de son développement.

Chez l'homme, le vieillissement du cerveau se traduit morphologiquement par une diminution du volume, du poids, un élargissement des ventricules latéraux, une légère fibrose leptoméningée et un amincissement de la substance blanche. D'autres modifications neurologiques ou physiologiques sont observées :
- accumulation de produits de dégradation du métabolisme cellulaire;
- diminution du nombre et de la longueur des dendrites,et donc des synapses;
- diminution de la quantité de myéline ;
- sensibilité accrue à l'ischémie.

Le tissu nerveux a longtemps été considéré comme incapable de récupérer après un traumatisme ou lors du vieillissement. Or, de récents travaux ont pu démontrer une certaine capacité de “régénération” cérébrale suite à un accident vasculaire.

Parallèlement aux modifications tissulaires, l’apparition de comportements spécifiques est observée. Des expériences de laboratoire, en particulier sur des lémuriens (Microcebus murinus), ont montré une tendance à l'isolement au sein du groupe social, une diminution de la mémoire à court terme, etc.

Chez l’homme, une distinction est faite entre vieillissement cérébral normal et pathologique. Des affections comportementales qui apparaissent principalement au cours de la vieillesse sont ainsi décrites, comme les démences d'Alzheimer, de Parkinson, de Hungtington, etc.

Des tests pratiqués sur des chiens de tranches d'âge différentes ont montré une détérioration de leur fonction cognitive avec l'âge, qui varie selon la nature du problème auquel les chiens sont confrontés, mais aussi selon leur expérience passée et selon leur race.

Le chien âgé peut ainsi présenter des difficultés dans l’acquisition de nouveaux apprentissages, une perte des acquis sociaux (troubles de l'élimination et de l’obéissance, perte des apprentissages élémentaires), des phobies aux bruits violents (détonations, orage), etc.

Ces modifications comportementales ont été regroupées sous le vocable unique de "dysfonctionnement cognitif du chien âgé" sans préjuger du caractère physiologique ou pathologique des troubles rencontrés Un examen médical complet permet d’éliminer une affection organique qui peut être responsable de troubles comportementaux : arthrose ; insuffisances hépatiques, rénales, cardiaques majeures ; troubles hormonaux, etc.

Le dysfonctionnement cognitif se définit donc comme l’apparition, chez les animaux âgés, de modifications comportementales sans lien avec une affection somatique (altération de certains comportements et/ou apparition de signes individualisés, seuls ou associés) :
- diminution de la propreté, de l’intérêt pour la nourriture, pour l’environnement, de l’activité générale ;
- diminution de l’éveil, de l’orientation, des capacités à répondre aux commandes et à reconnaître les endroits, les personnes et les animaux habituels ;
- perturbation de l’audition ;
- difficultés à monter et descendre les escaliers, à rester seul, à se déplacer ;
- apparition de tremblements ou de dodelinements de la tête, de tourner en rond, de troubles compulsifs, de vocalises anormales ;
- inversion des activités nuit/jour.
Plus rarement, d'autres symptômes peuvent être observés, comme des agressions par peur ou par douleur, souvent chez des animaux irritables.

Ces symptômes peuvent être rapprochés de ceux de la maladie d'Alzheimer chez l'homme. Des lésions anatomopathologiques similaires sont retrouvées dans ces deux affections. Le traitement du "dysfonctionnement cognitif du chien âgé" associe des thérapies comportementales et un traitement pharmacologique

Extraits de « WEISS A.B. Le comportement du chien et ses troubles. Medcom
ed. Paris. 2002 ; 192 ».
www.chien-comportement.com


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